GALERIE RAUGRAFF À NANCY : PLUS DE 40 ANS D’ART, DE RENCONTRES ET D’ÉMOTIONS
Au cœur de Nancy, certaines adresses sont bien plus qu’un simple numéro dans une rue.
Elles traversent les années, voient évoluer la ville, accueillent des histoires, des rencontres et des passions.
Le 14 rue Raugraff est de celles-là.
Situé en plein centre-ville, dans un environnement qui participe au patrimoine architectural de Nancy, cet immeuble abrite depuis plus de quarante ans un univers entièrement consacré à l’art : celui de la Galerie Raugraff.
J’ai eu le plaisir de rencontrer Philippe Eschenlohr, qui m’a ouvert les portes de la galerie et m’a surtout raconté son histoire, sa vision de l’art et ce qui fait vivre ce lieu depuis 1985.
UNE GALERIE NÉE D’UNE PASSION
L’histoire commence en 1985.
La Galerie Raugraff naît avant tout d’une passion pour l’art, mais également de la découverte d’un local dont les dimensions permettaient alors d’imaginer une double activité.
Une chose, en revanche, n’a jamais changé : son adresse.
Depuis sa création, la Galerie Raugraff est installée au 14 rue Raugraff.
Peu à peu, son histoire va prendre de l’ampleur.
Et deux rencontres vont notamment contribuer à installer son nom bien au-delà de Nancy.
DEUX GRANDS NOMS DE L’ART LORRAIN
Camille Hilaire et Claude Weisbuch.
Deux artistes lorrains majeurs du XXe siècle, deux univers artistiques différents et deux rencontres qui vont largement participer à l’essor et à la renommée de la Galerie Raugraff dans tout le Grand Est.
Cette histoire avec Camille Hilaire continue d'ailleurs de s'écrire.
À partir de mi-novembre 2026, la Galerie Raugraff lui consacrera une exposition exceptionnelle en hommage à son œuvre.
Plus de quarante ans après la naissance de la galerie, le lien avec les artistes qui ont contribué à son histoire reste donc bien présent.
COMMENT CHOISIT-ON UN ARTISTE ?
C’est probablement l’une des questions que l’on se pose lorsqu’on entre dans une galerie.
Pourquoi cette œuvre ?
Pourquoi cet artiste plutôt qu’un autre ?
Pour Philippe Eschenlohr, il n’existe pas une réponse unique.
Le choix commence par une rencontre et une émotion.
Vient ensuite le regard du galeriste sur l’authenticité de la démarche artistique, mais également sur le professionnalisme de l’artiste.
Aujourd’hui, la Galerie Raugraff présente une trentaine d’artistes.
Peintres, sculpteurs et créateurs aux univers parfois très différents partagent néanmoins plusieurs caractéristiques essentielles : l’originalité, la cohérence, la nouveauté et un haut niveau de maîtrise technique de leur expression artistique.
La sélection d’une œuvre ne se résume donc pas à la question : « Est-ce que c’est beau ? »
Elle raconte une démarche, un savoir-faire, une personnalité et surtout une émotion.
L’ART NE SE REGARDE PAS SEULEMENT SUR UN ÉCRAN
À l’heure où presque tout se découvre depuis un téléphone, une tablette ou un ordinateur, quelle place reste-t-il aux galeries d’art ?
Sur ce point, Philippe Eschenlohr est catégorique.
« L’émotion artistique ne peut se produire que physiquement face à l’œuvre d’art. »
Une photographie affichée sur un écran peut être belle, esthétique ou décorative.
Mais elle reste très éloignée de la réalité d’une œuvre.
Une toile possède une matière, des reliefs, des nuances et des dimensions que l’écran ne restitue pas.
Une sculpture impose un volume, une présence, une perspective qui évolue selon l’endroit depuis lequel on la regarde.
Il faut parfois tourner autour.
S’approcher.
Puis reculer.
Et quelquefois, sans réellement savoir pourquoi, quelque chose se passe.
C’est précisément cette rencontre physique avec l’œuvre que la galerie souhaite préserver.
TRANSMETTRE LE GOÛT DE L’ART À UNE NOUVELLE GÉNÉRATION
C’est également l’un des défis auxquels les galeries sont aujourd’hui confrontées.
Selon Philippe Eschenlohr, l’art au sens noble du terme touche désormais un public relativement restreint et la difficulté consiste notamment à intéresser une nouvelle clientèle à la peinture et à la sculpture, dans une société où la culture artistique est parfois moins présente.
Alors plutôt que d’attendre que le public vienne spontanément à l’art, la Galerie Raugraff cherche à provoquer la rencontre.
Chaque année, elle organise ainsi sept expositions personnelles.
Sept occasions de découvrir un artiste.
Sept invitations à franchir la porte pour la première fois.
Car tout peut justement commencer par cette première visite.
Un premier regard.
Un premier émoi.
Puis, peut-être, un intérêt qui deviendra durable.
2026 : UNE NOUVELLE PAGE POUR LA GALERIE RAUGRAFF
Plus de quarante ans après sa création, la galerie continue d’évoluer.
Au printemps 2026, d’importants travaux de rénovation ont permis de repenser complètement les espaces.
La Galerie Raugraff offre aujourd’hui une superficie d’exposition d’environ 300 m².
Un nouvel écrin pour les œuvres, mais aussi une nouvelle étape dans l’histoire du 14 rue Raugraff.
Les expositions continuent de s’y succéder tout au long de l’année, avec une programmation disponible directement sur le site de la galerie.
POUSSER LA PORTE…
En préparant cet article, je pensais raconter l’histoire d’une galerie d’art nancéienne.
Ma rencontre avec Philippe Eschenlohr m’a finalement rappelé quelque chose de beaucoup plus simple.
L’art ne s’explique pas toujours. Il se rencontre.
On peut regarder cent photographies d’un tableau sans éprouver ce que l’on ressentira quelques secondes devant l’original.
Et nul besoin d’être collectionneur ou spécialiste pour entrer dans une galerie.
Il suffit d’être curieux.
Alors, si vos pas vous conduisent un jour rue Raugraff à Nancy, poussez la porte du numéro 14.
Prenez le temps de regarder.
Arrêtez-vous devant une œuvre qui vous interpelle.
Et peut-être comprendrez-vous alors cette phrase de Philippe Eschenlohr :
« L’émotion artistique ne peut se produire que physiquement face à l’œuvre d’art. »
Après tout, le premier émoi artistique commence peut-être simplement par une porte que l’on ose pousser.